La skieuse et Facebook sont dans une cour d'école...

Publié le par Anthony Calla

  Paradoxalement au fait de tenir un blog, j'ai toujours rechigner a parler de moi. J'estime en effet qu'il existe une multitude de sujets plus intéressant que ma façon de voir le monde. J'évite donc par respect pour le lecteur de polluer mon petit coin du net avec l'équivalent mature de la photo de chatons, j'ai nommé l'analyse de l'info.
   Et pourtant parfois, la tentation est forte.
     Le suicide de JP Treiber arrivant a point nommé quelques semaines avant son procès par exemple. Surtout quand on sait qu'au cours de sa cavale il ne cessait de dire qu'il y serait présent pour faire « éclater la vérité » (combien de fois qu'elle s'est fait éclater la tronche celle là, surement pour ça qu'elle n'est plus reconnaissable...)
   De centaines de petites infos vadrouillant a tort et a travers sur les sentiers de l'internet. Souvent inintéressante, parfois sublime. Et malheureusement parfois aussi tout juste merdique.

   En ce moment on parle beaucoup de Marion Rolland, cette malheureuse skieuse qui a chuté a dix mètres de la ligne de départ et qui s'est fait sauté le genou par la même occasion.
   J'avais vaguement entendu parler de cette histoire mais c'est ce matin que j'ai vu l'engouement autour de cette chute.
   En effet, Marion Rolland est devenue en quelques jours la nouvelle malheureuse star du web.
   Tout d'abord en nombre de visionnage de vidéo. J'imagine facilement les types regroupés devant leur écran et se repassant pour la dixième fois la chute de la skieuse. Et bien sur se serrant les côtes rougeauds devant cette AHAHAHAHA bonne blague. Et quand passe un collègue « attends, t'as pas vu ?! Regarde, c'est trop drôle !!! » Et hop, rebelote.
   Et puis surtout sur Facebook.... Ah, ce magnifique outil de réseau social enfanté du web 2.0.
   Pour moi, j'y ai toujours vu une version numérique de la cour d'école. Avec ses groupes allant discuter dans leur coin, plein du pompeux orgueil de se regarder la bite. Avec son réseau de connaissance, apprentissage puéril du non moins puéril « name-dropping » des soirées d'adultes. Avec ce plaisir stupide d'appartenir a un groupe qui ne peux exister que si un autre est exclu de ce même groupe. Bref, le sentiment malsain d'appartenir a une élite auto déclarée pour les plus atteints, l'illusion réconfortante d'avoir plein d'amis et de part la même d'exister pour les autres.

 

  Comment ca j'abuse ?! Le plus bel outil qui soit ne sera jamais réduit a autre chose qu'a une utilisation triviale. Quand on laisse n'importe qui s'exprimer on en arrive fatalement a entendre n'importe quoi. Toujours.

   J'en veux pour preuve le nombre de « groupes » qui existent autour de cette malheureuse chute et qui constituent l'essence même de cet article: « Pour que Marion Rolland passe sa première étoile de ski avant 2014 », « Je n'ai pas vu Marion Rolland aux JO, j'ai cligné des yeux a ce moment là » j'en passe et des encore plus désopilants. AHAHAHA.
   Montrer son trou du cul numérique est devenu un réflexe de notre époque, montrer que l'on en ai un en est le corolaire.

   Inutile de se battre contre les moulins a vents, les chutes sont toujours ce qui fait le plus rire les gens. Si cela peut s'accompagner d'une honte monstrueuse, c'est bien sur encore mieux. C'est malheureux qu'on l'on soit devenus si peu fière de nous.
   Maintenant, on est quand même en droit de s'interroger sur les conséquences de ce genre de groupe. Au delà de la douleur morale que cela entraine pour cette nana, on s'aperçoit qu'on vit dans un monde formaté pour la grande boite a LOL. Je ne suis meilleur que personne. Les vidéos de chute sont toujours aussi drôles. Mais les moqueries qui en découlent et qui comme par hasard trouvent comme asile politique la grande cour de récré de Facebook me font toujours un peu froid dans le dos.
   Parce que après tout il faut bien avoir conscience que, qu'elle soit numérique ou pas, une lapidation reste une lapidation. Et que même entourée d'humour, une pierre reste une pierre. Si les sentiments pouvaient saigner, il y aurait du sang sur certains sites.

 

 L'humour est une arme incroyablement destructrice, je suis bien placé pour le savoir. Il s'attaque a l'estime de soi, a sa dignité. Et malheur au supplicié qui n'aura pas le courage de rire avec ses bourreaux, de se moquer de lui-même. Malheur a celui qui aura l'outrecuidance de tenter de sauvegarder un peu de sa dignité devant une foule rigolarde. Face a la longueur du supplice qui l'attend, Tantale n'est qu'un pédé.

   L'humour est une arme redoutable. Ceux qui en ont devraient apprendre a le manier avec humanité. Chercher a faire rire a n'importe quel prix peux être destructeur. Comme disait l'oncle Ben: « de grands pouvoir impliquent de grandes responsabilités. » Et faire rire est VRAIMENT un super-pouvoir.

   J'espère de tout cœur ne jamais tomber devant les caméras. Avant, je pensais a la terreur froide que l'on devait éprouver en se retrouvant a l'instar d'un K. confronté a une machinerie judiciaire qui vous broyait inexorablement, malgré vos dénégations. Aujourd'hui je me dis que la grande vindicte populaire ne se terre plus dans la justice et ses boucs émissaires mais dans l'irrationalité d'un groupe Facebook que les gens suivent comme des moutons. Sans jamais s'attarder sur la conséquence de leur acte. Sans jamais s'interroger sur la douleur occasionnée..
Une des pires lâchetés c'est d'être courageux face a un écran.

   Et puisque je parle d'humour rigolo, je ne peux m'empêcher de repenser a ce zapping passant l'autre jour sur Direct 8. C'était génial, a un moment y'avait un extrait de Stéphane Bern qui parlait du baise-main.
Bern: « Tout dépend de comment la dame met sa main. Si c'est comme cela, ca signifie qu'elle veux qu'on la baise. »
Qu'est ce qu'on a rigoler ! Il avait dit « elle veux qu'on la baise » a la télé !!! Y'a eu aussi un autre moment super drôle ou une nana parler de « faire une pipe » dans un reportage sur la pipe et aussi un type dans un refuge d'animaux qui « caressait des chattes »...

 

 

   Après ca, bien sur, écrire une BD comique apparaît beaucoup moins important. Et on se dit qu'avoir plus de 3 neurones est parfois un handicap.

Heureusement que je me suis lancé un défi. Voire si moi j'étais capable de faire rire sans utiliser les mots: chatte, bite, couille, baisé et sucé.

   Ca marche doucement. Sur un forum pour les 18-25 ans, un type disait a propos de World Of Nolife: « Je trouve ca d'un niais ! ». C'est vrai que sans gros mots c'est plus dur...

 

   Navré d'avoir été aussi long. Pour me faire pardonner, voici une compil des meilleurs morceaux de Jean-Luc Fonck, alias STTELLLA. Attention y'a du lourd...

 

 

 

Publié dans Totalement blog

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darkbaron 09/03/2010 23:47


Bah, il y a du bon dans certains films de ce genre, mais tous les films de ce genre ne sont pas bons. Le premier "American Pie" traite finalement de la découverte de la sexualité et évite d'être
trop trash. Par contre, j'ai trouvé que les suites n'apportaient rien.
Dans certains de ses films, il y a quelque chose de plus profond, mais ce n'est pas le cas de tous.

"Idiocracy" a l'air de faire partie des films profonds. Rien que la lecture du synopsis sur wikipedia me donne l'impression que le scénario n'est pas un prétexte et qu'il y a un message derrière.
En même temps, c'est une comédie satirique, donc c'est normal.

Des comédies américaines un peu bébêtes, ça ne me gêne pas. En fait, c'est rare quand une comédie américaine n'est pas un peu bête en y pensant. Ensuite, il faut voir s'il y a quelque chose
derrière...

ça peut être un simple divertissement, il ne faut pas forcément un message ou une morale, mais il arrive que ce soit un grand n'importe quoi assez affligeant. "Eurotrip", par exemple : préjugés
crétins sur l'Europe, filles sexy, etc. On ressort même la blague du "si tu donnes un billet de 100$ à un type d'Europe de l'est, il ouvre un hôtel avec". Pathétique...
Après, ça fait moins rire car on connaît et on sait que c'est exagéré et impossible...

Bref, je n'ai rien contre la provocation en soi et je peux aimer certains délires. "Dogma" est pas mal dans ce style-là.


darkbaron 09/03/2010 20:56


Dans un autre registre, pour parler de l'humour, c'est vraiment difficile et je n'ai pas le sentiment que ce soit une belle période pour cela. Si on regarde les comiques et humoristes, je n'en vois
pas de particulièrement fin ou délirant.

Je ne dis pas que tout le monde fait dans le débile ou dans le pipi-caca-sexe et qu'ils sont tous nuls, mais aucun ne parvient vraiment à me plaire alors que je suis toujours fan d'un bon vieux
sketch des Inconnus.
Bigard fait toujours du beauf alors qu'un sketch comme celui de la chauve-souris s'en passe, n'est pas particulièrement vulgaire et reste sympa. Malheureusement, voilà, son domaine, c'est le beauf
vulgaire.

Aujourd'hui, on a du mal quand on ne fait pas dans le gras ou quand on ne fait pas trop le con (et je n'aime pas trop les humoristes qui jouent les simplets, ce n'est pas le genre de rôle que
j'apprécie particulièrement).
Les adolescents ont connu Michael Youn, les autres héritiers de Jackass, les films comme "American Pie", etc. Forcément, dans ce contexte, ta BD paraît niaise et presque innocente et ce serait même
un compliment, en fait.

J'ai l'impression que certains ne sont pas différents de mes 6ème, certains riant bêtement en prononçant certains mots comme "capote". Je dis bien en les prononçant eux-mêmes ! Trop pratique : pour
rire plusieurs fois par jour, dis "capote" et le rire sera assuré. Bref, bonjour la finesse...

En somme, ta BD est très sympa. Je ne dis pas qu'elle m'a fait rire car j'admets ne pas avoir le rire facile. C'est très rare que quelque chose déclenche un léger rire.
ça ne veut pas dire que ça ne m'amuse pas ou que je n'aime pas, j'ai peut-être trop intériorisé le rire par gêne (car si un jeune rit plus qu'un adulte, ce n'est pas uniquement une raison de
maturité, mais aussi parce que son rire n'a pas été réprimé socialement, ce qui explique le rire con et cruel de certains gamins) ou je suis peut-être trop sérieux.


Anthony Calla 09/03/2010 22:32



Arf, c'est gentil. Je suis plutôt d'accord dans un certain contexte que niais est pas loin du compliment.


Après, c'est toujours difficile de faire la part des choses. En allant plus loin, et tjrs dans le registre comique, j'ai découvert il y a peu les films comiques américains.


Jusqu'a il y a peu, j'avais tendance a amalger le tout et a les considérer en vrac comme stupides. Depuis peu, un certain nombres de films m'ont fait changer d'avis.


Les temps changent et le comique évolue. Des mecs comme Youn (après, on aime ou on aime pas) des films comme Idiocraty ou Frangins Malgré Eux, dans leur jusqu'au boutisme me plaisent et me font
réfléchir. Captain Orgazmo aussi.


Après, le coté niais, assumé ou pas, est voué a disparaitre comme les dinosaures ^^, ou a évoluer sous une nouvelle forme.


Le White-trash a la Jackass a marqué un tournant. Difficile a définir parfois mais a mon goût on sent parfois une distanciation, un humour et une intelligence rare.


Est ce que ce style permet a qui en a le talent d'en montrer l'étendue grâce a une formule secrète et insoupçonnée ou bien le talent trouve toujours un chemin pour sortir de tout, y compris de la
merde ? ^^


Finalement difficile a dire. Ce qui est sur c'est que le talent reste le talent. Il est protéiforme et parfois difficile a saisir. Surement qu'il permet de transcender les genres.


A ce niveau là, le véritable élitisme intellectuel ne serait ce pas de découvrir l'or miroitant dans la fange ? Le plan séquence totalement incongru dans "Undead"  par exemple ? La critique
sociétal dans Captain Orgazmo ? (Mais au fait, de qui se moque t'on VRAIMENT dans ce film ?)


Stay tuned & open, c'est un ordre ^^



darkbaron 09/03/2010 15:29


Le pire, c'est que l'on pourrait presque sombrer dans la cyber-paranoïa.

Il est aujourd'hui aisé d'être filmé ou photographié, par exemple par un téléphone portable (et certains se permettent de le faire sans autorisation), et de se retrouver sur facebook alors qu'on
était assoupi dans le bus, en train de manger sans trop faire attention, etc.

On peut aussi finir sur un site de moches pour peu que la nature ne nous ait pas gâtés, par exemple. Cela peut aller très loin et peut devenir inquiétant entre de mauvaises mains.

Il y a parfois des boucs émissaires dans un collège et le malheureux subit le rejet, les moqueries et les brimades au sein de l'établissement scolaire, voire même un peu en dehors. À l'échelle d'un
collège, d'une cité, d'un quartier, c'est effrayant, mais à l'échelle d'internet, cela prend de sacrées proportions.

Quelque part, oui, il faut veiller à ne pas trop s'exposer. Pour prendre un exemple que tu connais peut-être, Gilbert, le soi-disant surdoué qui avait des diplômes Microsoft. Je ne sais plus s'il
s'appelle Gilbert, mais toujours est-il que pas mal de forums parlent de lui, et rarement en bien, tandis que j'ai déjà vu un groupe facebook qui l'adorait pour son statut de "pauvre victime".

Je ne dis pas que le gars en question était un modèle, j'en pense d'ailleurs tout le contraire, mais il ne mérite pas non plus d'être épinglé sur un mur facebook pour y être sujet de moqueries. Il
n'a pas commis un crime, il a le droit d'exiger qu'on le lâche et qu'on le laisse tourner la page.

"Big brother is watching you" et pas uniquement à cause des caméras de surveillance. Enfin, je sais que je prêche un converti, mais quelque part, ça fait du bien et je ne pense pas que mes sermons
feraient vraiment évoluer ceux qui s'éclatent de la sorte...


darkbaron 09/03/2010 08:52


Ah bah, je comptais aussi parler de facebook et de l'utilisation d'internet. D'ailleurs, il est vrai que facebook fait l'actualité en raison de la diffamation et des insultes à l'égard des profs.
De plus, une campagne "je publie, je réfléchis" a été lancée pour inciter à la prudence à ce sujet.

Tout cela pour dire que je suis d'accord avec toi et je ne m'inscrirai probablement jamais sur ce réseau social. Gare à la pauvre victime qui, après une vidéo sur les sites de partage vidéo ou un
passage malheureux à la télévision, devient le bouc émissaire de toute une communauté de gens qui ont besoin de ça.
La moquerie de ce genre est le niveau 0 de l'humour. C'est de la bêtise crasse.

Déjà que je côtoie cette forme d'humour dans la vie de tous les jours (en résumé, les persos "wesh-wesh" de ta BD, il me suffit de sortir pour les voir et il n'y a même pas besoin de sortir pour en
entendre), alors trouver cela sur internet, non... Personne ne mérite d'être lynché et moqué de la sorte par des individus d'une grande lâcheté (car ils sont à l'abri derrière un écran et en
groupe).

Comme le dit la fameuse campagne, il devrait y avoir un "droit à l'oubli" sur internet, mais si tout le monde parle de vous à cause d'une erreur de jeunesse ou d'autre chose, il peut être très
difficile d'être oublié et laissé tranquille. C'est malheureux si on n'est même pas à l'origine de cela. Une personne malveillante a pu poster cela pour se moquer et ça peut porter préjudice des
années après.

"En toute chose il faut considérer la fin" comme dit la fable du renard et du bouc. Il faut réfléchir aux conséquences de ses actes, en somme. Cela s'applique plus que jamais sur internet qui
conserve des traces de tout.


Anthony Calla 09/03/2010 11:45



"Je publie (donc) je réfléchis". Putain que c'est beau ! Ca c'est de l'info comme j'aime ^^


Je pensais justement a notre petite discussion sur la moquerie en écrivant cet article.