J'aurais voulu être auteur de BD semaine 4

Publié le par Anthony Calla

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Ok, cette semaine ca risque d'être plus court que la semaine dernière.

Il est tard, je suis crevé et j'ai pas eu trop de bonnes nouvelles cette semaine, alors voila.

 

La semaine dernière donc je vous parlais des revenus dans l'univers merveilleux de la BD.

 

Alors bien sûr y'a pas que l'argent dans la vie, y'a aussi les conditions de travail.

Quézako d'abord que j'entends par condition de travail ?

 

S'agit pas de pensez que pour bien bossez il faut obligatoirement pouvoir tranquillement sniffer de la coke premier choix entre les seins d'une gogo-danseuse.

Une aspirine amenée a petits pas par une infirmière retraitée en crocs peut aussi avoir son charme...

 

Bon, moi j'habite une grande ville, et comme dans toutes les grandes villes, le vrai luxe, c'est l'espace, comme dans la pub.

 

Toujours dans un esprit de simplification et afin que mon propos reste accessible même aux crétins de base, dont vous ne faites pas partie bien sûr mais que dans l'esprit d'un net plus accessible je me doit tout de même de pouvoir potentiellement recevoir, dans cette esprit là donc, nous allons présumer que nous parlons d'un dessinateur bossant seul sur son projet, donc sans scénariste et sans coloriste (bon, certes il aime son boulot mais il doit tout de même se faire un poil chier des fois...)

 

Alors, le truc c'est que le dessinateur a besoin d'espace. Que sa table a dessin soit virtuel (et donc avec trois écrans le plus généralement) ou bien réel (ca arrive encore, et donc la table fait dans les 3/4 mètres carrés), On rajoute ses pinceaux, feuilles, bouquins de modèles, couleurs, cartons a dessins etc.

Soit on a une femme suffisamment tolérante pour accepter tout ça, ou bien suffisamment intelligente pour s'être déjà barrée, soit on a un atelier.

 

A l'atelier.

La vie d'un auteur de BD n'est plus la même quand il a gouté aux joies de l'atelier de BD.

De cela aussi il va falloir que je vous en parle !

 

Je suis actuellement entre deux ateliers. Un bon vrai flottement. Demain je dois d'ailleurs aller y faire un peu de peinture, j'en ramènerais des photos pour illustrer mon propos.

Bref, on parlais de conditions de travail.

 

Donc, un atelier ou le dessinateur va pouvoir ranger son barda est indispensable. Ça fait partie des conditions de travail, et ça a un prix. Le temps de trouver le bon atelier, les bonnes personnes avec qui le prendre ou le monter, le bon endroit, la bonne ambiance...

Bon sang, déjà là, qu'est ce que ça peut prendre du temps...

 

Ensuite, vient me moment proprement dit ou vous faites vos premières planches.

On va prendre l'exemple d'un pote a moi qui a été contacté pour faire des essais sur une série moto.

Le scénario est déja écrit, le premier tome a visiblement bien marché et l'éditeur cherche un dessinateur pour faire le second.

Jusqu'a la, rien a dire.

 

Le directeur de collection prend donc contact avec le dessinateur. Ce dernier lui a été chaudement recommandé par un pote a lui qui est scénariste chez le même éditeur.

 

Le dessinateur reçoit les quelques planches découpés. Charge a lui de faire les planches, sur lesquelles il sera jugé pour savoir si le contrat sera signé ou pas.

Déja, là, on ne parle pas d'argent.

 

Et oui, c'est une base. En tout cas une habitude qu'essayent d'inculquer les éditeurs.

 

On fait un métier cool, on est des artistes, alors on va pas parler de trucs vulgaires. Pour l'argent, t'inquiète pas on verra plus tard.

 

Le dessinateur commence donc a faire son découpage.

 

Ensuite, il va commencer a faire son crayonné, puis son encrage.

 

Là, commence les premiers soucis.

 

Car comme c'est une série sur les motos qui s'adressent a des fans, il faut bien que les rayons du modèle Ducatti de 76 soient dans le bon sens. Il faut bien que la fourche de telle modèle, rabaissée par rapport a telle autre de 7 cm soit a la bonne hauteur.

 

Rien que de très normale me direz vous. Mais le problème c'est que quand on n'est pas soit même un spécialiste, on peut fort bien passer a coté de ce genre de petits détails.

Bien sûr, tout d'abord, le dessinateur soucieux de bien faire son taf s'est renseigné. Mais tout comme avec la théorie du microcosme, il s'apercoit rapidement que plus on regarde un objet avec précision, plus de nouveaux détails apparaissent. Et encore d'autres détails a l'intérieur des premiers. Etc etc.

 

Bon, tant pis pour lui. Il s'est fait avoir, il s'est fait avoir.

 

Qu'a cela ne tienne ! Il contacte son éditeur afin d'avoir un peu plus de matière première, le nerf de la guerre quoi.

 

Et il a une réponse rapidement.

 

Pas loin de 3 Go de jpg a télécharger sur un FTP...

 

Pas cool.

 

Parce que il va falloir faire le tri. Et que 3 Go, quand on est pas un spécialiste, on peut rapidement se retrouver noyer...

Alors oui, c'est rangé. Mais entre les dossiers, les sous-dossiers et les dossiers estampillés « Divers », et bien vous imaginer sans peine la peine...

 

Ensuite, notre dessinateur consciencieux sait pertinemment qu'une moto de face, ce n'est pas comme une photo de profil. Donc, s'il a l'intention de faire un bon travail, soit il fait confiance a son talent et a son imagination, soit il a bien compris qu'il va devoir modéliser un certain nombre de motos pour pouvoir les dessiner sous différents angles.

 

Bien sûr, là, on en est environ a 2 semaines de travail et pour le moment, le dessinateur a une demi-planche. Et quand on vient lui dire que Trondheim met 3 heures pour faire une planche, il a envie de lui faire bouffer un pneu de moto-cross.

 

Allez, on va dire qu'en 3 semaines, le dessinateur mercenaire qui a baroudé dans tous les mauvais coups de la BD et qui appelle son porte-mine d'un prénom féminin a suffisamment de bouteille pour s'en être sorti avec les honneurs devant ces putains de motos.

 

Et moins de 10 minutes après avoir envoyé ses planches a l'éditeur, il reçoit un mail laconique.

 

« Salut, j'aime bien tes planches.

Par contre faudrait vraiment revoir tes visages. Ca manque de clarté et de contraste.

Et il y a une faute anatomique sur le pilote en case 4, le bras se rattache trop bas au niveau du corps.

Pour la Ducatti 76, Hervé t'a pas fait passer de la doc ? Normalement l'insigne est plus bas sur la calandre.

Je fait un CC a Hervé...

 

Tu peux me faire les retouches visages pour quand ? On est en comité de lecture après-demain, je voudrais leur montrer les planches finies »

 

Et voila notre dessinateur reparti pour un tour. 

 

On compte 3 jours de retouches.

 

Généralement, ensuite, le directeur de collection va lui faire faire encore d'autres retouches, histoire de peaufiner le tout.

 

Et ensuite, seulement, il lui proposera un contrat.

Ou pas !

 

Parce que n'oublions pas, nous sommes actuellement sur des planches d'essai.

 

Et le mieux, c'est que c'est planches, si le contrat n'est pas signé, ne seront pas payés...

 

Vous pouvez passer 3 semaines sur des planches, 3 semaines parce que il faut bien se faire la main a dessiner un truc auquel vous n'êtes pas forcément habitué, 3 semaines parce que il faut bien les créer les personnages, et que pour les avoir bien en main et être capable de les reproduire dans toutes les positions, et bien il faut les dessiner, encore et encore.

 

Et a la fin de ces planches, que vous aurez bien sûr peaufiné, car il s'agit d'un potentiel contrat, et bien rien ne permet de dire que vous serez payé.

 

Bien sûr, la loi de l'économie de marché rend difficilement rentable financièrement un certain nombre d'autres modèles économiques.

Mais a coté de cela, clairement, des d'éditeurs, et pas les plus petits, profitent éhontément de ce système.

 

Bon, maintenant, et pour rétablir l'équilibre, les auteurs continueront a se faire plumer tant qu'ils continueront a défiler devant le fermier, le cul en fleur en criant « Moi M'sieur ! »

Tant que nous n'aurons pas pour nous un minimum du respect que nous réclamons des autres, rien ne changera vraiment.

 

Les auteurs continueront a toucher une moyenne de 10% d'une œuvre qu'ils auront créer a 100% et ils ne seront pas considérer autrement que comme une variable remplaçable par les éditeurs.

 

J'ai lu ce WE a propos d’Angoulême que Trondheim voudrait que les auteurs soient rémunérés pour allez dédicacer.

Bon sang ! Qu'est ce que ça serait une bonne idée ! Parce que ça reste tout de même du travail important pour un dessinateur et qui ne lui rapporte pas grand chose.

 

Après, je sais que certains dessinateurs en profitent pour vendre discrètement des planches originales pour arrondir leurs fins de mois. Et les éditeurs laissent faire, cela permettant d'acheter une certaine paix sociale, je ne te paye pas et tu te débrouille pour récupérer un peu de thune et tout le monde est content.

 

L'espoir pour moi est que les tablettes tactiles et la distribution des BD's par internet permettent de changer ce rapport de force et de faire émerger de nouveaux modèles économiques ou les auteurs auraient un véritable rôle a jouer, ou ils seraient remis au centre de la chaine économique, et pas seulement dans la chaîne créative.

 

Parce que bon sang, faut bien manger !

 

Bon, j'espère ne pas vous avoir trop dégouter du métier d'auteur de BD.

 

A partir de la semaine prochaine, on va commencer a parler des cotés un peu plus agréable du métier ^^


Et au fait, j'ai trouver un titre pour ma rubrique, plus qu'a faire une petite présentation sympa.

 

Dernier détail, toujours pas de news de Run. J'ai fait tourner un peu mon scénar et il plait, plus qu'a attendre encore. Je vous en donnerais des nouvelles des que...

 

Et encore un dernier détail mais pour de vrai celui-la, je tiens a saluer modestement la mémoire d'un de ceux qui m'a donner envie de faire cela aujourd'hui, le grand, l'immense Moebius qui a rejoint les étoiles.

 

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Anthony Calla 12/03/2012 17:02

Ca a l'air pas mal Amilova. En tout cas, tout ce qui se démarque des circuits traditionnels d'édition est bon a prendre.
C'est par le biais de ces chemins de traverses qu’émergent des nouveautés. Et comme beaucoup d'arts, la BD a un énorme besoin d'un marché de niche.
Bosser pour de grandes maisons d'éditions, c'est toujours bon a prendre, mais cela ne doit pas faire oublier qu'a coté de ça, pas mal de bonnes choses ne trouvent pas de public faute de trouver un
éditeur.
Et ne jamais oublier que les éditeurs sont comme tout le monde, il ne savent pas ce qui va marcher, sinon ils l'éditerait, et rien d'autres...

Disons qu'on vit une époque charnière.
Dans le même genre d'idées on avait le site Manolo Sanctis.
Pas mal de bonnes BD ont été faites dessus.
Mais malheureusement le site a du fermer faute d'un business model pérenne :/

Alors oui, certaines initiatives, particulièrement dans le milieu de la musique, montrent que tout est possible, tout est envisageable. Mais comme tu le dis Néféris, cela s'adresse a des groupes
déjà établis, avec un public.

Maintenant il faudrait voir si ce genre d'exemples est faisable dans le monde de l'édition.
Mais pour ce faire, il faudrait de grosses locomotives qui tirerait les wagons.

Je sais que Garth Ennis, un scénariste que j'adore, a lancer une série gratuite sur le Net. Et je connais aussi des auteurs français qui ont lancé il y a quelque temps un site très bon qui se nomme
http://8comix.fr/

On y trouve dessus des BD's gratos. De bonnes BD gratos...

Oui, forcément avec la démocratisation des tablettes (je détestais cette engin avant d'en avoir une), la BD en ligne a plus que de l'avenir, pour moi C'EST l'avenir.
Les chemins qui y mènent sont tortueux et multiples. Et si ont sait a peu-près ou l'on va arriver, on ignore en fait la destination exacte.

Les éditeurs vont ils proposer des contrats intéressants aux auteurs, limitant du même coup une expression en dehors des schémas traditionnels ? Les méchants pirates vont ils couler les
auteurs en même temps que les éditeurs ? (parce que faut pas oublier que si un chanteur peut faire des concerts, un auteur n'est pas encore rémunéré pour aller faire des dédicaces...)
Ou bien grâce aux nouveaux modes d'expression les auteurs vont pouvoir prendre leur indépendance et proposer de nouvelles choses ? Mais alors nous ne seront plus seulement auteurs mais
également éditeurs, distributeurs ?

C'est déjà ce qu'avait commencer a faire L'Association, qui a vu emerger Sfaar, Satrapi et d'autres.

L'une des chances de la BD en France, c'est de ne pas brasser suffisamment d'argent pour trop intéresser tous les requins financiers. Cela laisse donc une possibilité pour l'émergence de tout ce
que peut produire le talent, le travail et la bonne volonté.

Et quant aux 12 000 lecteurs prêt a mettre un euro, le marché de l'édition est moins porteur que ça. WoNL 1 s'est vendu a environ 4 500 exemplaires. A 12 000, on commence a dicter ses petites
volontés a son éditeurs.

Neferis 12/03/2012 15:53

Perso, je sens bien le retour du mécénat pour les artistes, mais sous la forme du "crowdfunding". Ce que je veux dire, c'est qu'auparavant, les artistes avaient besoin de quelques riches mécénes
pour vivre, et j'imagine le retour du phénomène avec une multitude de petits mécénes.

Si 12000 personnes ont acheté WoNL, on peut imaginer qu'ils sont prêt à "financer" 1 euro/mois pour avoir une publication numérique au fil de l'eau et l'album gratuitement en fin de projet. Les
lecteurs deviennent ainsi les éditeurs. Il faudrait juste un tiers de confiance pour lancer une plateforme d'intermédiaire entre les artistes et les lecteurs.

L'intégration d'un système du style Flattr pourrait amener à ce genre de procédé.

Internet est probablement le meilleur outil pour y parvenir. Dans la musique, on a déjà des exemples comme Nine Inch Nails ou Radiohead qui ont diffusé leur musique sur le net, NIN gratuitement
sauf des packs Premium et luxe pour les plus grands fans, et Radiohead en laissant le téléchargement contre une rémunération libre (5 euros de moyenne pour des millions de téléchargement à la fin
de l'expérience... ce qui est plus que ce qu'ils ne touchent par album avec une maison de disque!!)

Même le jeu s'y met, comme par exemple World of Goo, qui avait laissé libre le prix de téléchargement le jeu en fin de vie à l'époque (déjà rentabilisé) et qui a levé plus de fond de cette manière
qu'en le vendant à prix fixe!

Ce ne sont que de rares exemples, d'artistes avec une réputation déjà établies qui plus est, mais je pense qu'ils montrent que c'est possible...

Mais bon, pas de solution à court terme :(

URB 12/03/2012 11:31

Ah le nombre de gens qui te sortent "c'est le système, c'est comme ça, faut t'y plier si tu veux pas être écarter". Forcément, si tout le monde baisse son froc et suit le système imposé il, va pas
changer de si peu.
Et comme on est en période électorale, je me permets de rajouter qu'il en est de même des systèmes économiques comme le capitalisme par exemple...

En tout cas, j'avais pas l'intention de faire de la BD à la base, ben maintenant je n'en pas envie du tout :D. Faut vraiment aimer ça pour supporter tout ça.
Dis moi, pour parler de ce que je connais un peu, je soutiens marginalement (ie en payant un abonnement ridicule avec une partie de mon forfait téléphonique que je n'utiliserais pas de toutes
façons) le projet Amilova qui visent à publier sur le net des manga français, voir même à les éditer.
Tu penses que ce genre de truc a de l'avenir?