La pornographie de type gonzo comme on n'a pas l'habitude de la voir

Publié le par Anthony Calla

Aujourd'hui j'aimerai partager avec vous un article sur lequel je suis tombé il y a quelques semaines.

 

Ca traite d'une certaine forme de pornographie qu'on appelle le "Gonzo".

 

C'est une forme particulièment crue ou le but est d'immerger le spectateur le plus possible. Pour ca on utilise des comédiennes souvent quelconques et sans fard (par opposition aux productions Dorcel par exemple ou les filles sont choisies pour leur physisuqe et ou elles sont maquillées, coiffées etc) et au niveau des prises de vues, c'est du plan tres rapprochés, éclairages brutal, caméra style portée par le fuckeur. Le but etant de faire comme si c'était votre voisine.

 

Au fur et a mesure cette ambiance a virée vers un truc vraiment tres cru ou, en dehors du sexe en lui meme, les corps sont vraiment ravalés au rang de chair, ou l'humiliation fait partie intégrante de la copulation. Bref, comme on dit communement, un truc franchement crade.

 

Voici l'article d’Isabelle Sorente publié dans la revue BLAST en 2002, qui a suscité un intense débat sur le Net. Amatrice occasionelle de cinéma X, le défendant contre les féministes prohibitionnistes, elle avait mené une des premières enquêtes sur la pornographie hardcore ou "gonzo", souvent très dure pour les actrices.

 

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LE PORNO A LA CHAÎNE.


Les témoignages non-officiels des coulisses de l'industrie du sexe sont rares. Ils m’ont toujours intéressée, sans doute car je suis amateur de cinéma X et d’art pornographique, et opposée à sa prohibition. J’ai toujours vouloir savoir ce que disaient les actrices de leurs prestations. J’ai toujours aussi pensé que ce devait être un rude métier, au vu de ce que les actrices encaissent pendant certains tournages « hardcore ». En 2002, pour un reportage dans le magazine Blast, j’ai visionné un film présenté au parlement suédois, rassemblant des confidences et des témoignages d'actrices, de policiers, de producteurs sur l’industrie de la pornographie : "Shocking Truth", « La vérité choquante », qui questionne la diffusion à la télévision de films pornos violents, où les actrices sont maltraitées. Ce film, réalisé par une ancienne actrice du X, montre comment certains tournages de l’industrie « hard core » tournent parfois à des scènes très brutales, humilantes, éprouvantes pour beaucoup de jeunes actrices mises sous pression, souvent livrées à de nombreux hommes pas tendres.

L’ancienne actrice du X Rafaëlla Anderson a déjà raconté cette vie rude et sans pitié dans son récit Hard (Grasset, 2001). Je l’ai interviewée dans le cadre de ce reportage (paru dans Blast en 2002) où je raconte l’histoire du film Shocking Truth, et décris certaines habitudes violentes prises dans un cinéma « ulra hard » tourné à la chaîne, par des sociétés sans aucun respect pour les actrices, décidées à fournir en quantité des DVD et des petits films Internet. Ces habitudes me semblent graves et périlleuses. Elles rappellent parfois les conditions de travail harassantes auxquelles on soumettait les femmes et les adolescentes dans les ateliers du XIXe, quand les jeunes ouvrières s’esquintaient dans les usines chimiques et textiles, n’avaient aucun droit, payaient de leur physique. Les actrices du X, et les « travailleuses du sexe » en général n’ont aucun droit aujourd’hui, peu d’associations les défendent en Europe, et beaucoup d’actrices X n’arrivent même pas à être considérées comme des intermittents du spectacle. Elles morflent. Elles baisent à la chaîne. Elles n’ont souvent aucun droit de suite. Aucun contrat valable.

Dans cette enquête, j’ai voulu interroger la pornographie de la pornographie. J’ai voulu montrer un certain dérapage d’un artisanat devenu une industrie, sans demander aucune interdiction de la pornographie, sinon la protection et le respect des actrices. Il a été publié quatre ans avant que le cinéma « hard core » - dit de la « démolition filmée », ou encore du « gonzo » - commence à être partout critiqué pour sa violence, tant par beaucoup d’actrices du X, des acteurs gay, des réalisateurs, des associations comme Act Up, que par des articles et des enquêtes publiés dans toute la presse.

Isabelle Sorente, janvier 2007


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L'ENQUÊTE DE BLAST (2002)


Dépassée Annabel Chong, qui, en 1995, passait sous 251 partenaires en dix heures devant une caméra… Angela Houston, 30 ans, en 1999, s’est fait 622 hommes en 7 heures, soit un homme toutes les 40 secondes. Le film de Candy Appels a pour sa part été interrompu au 742ème par la police de Los Angeles. Quant à Sabrina Johnson, 23 ans, elle s’entraîne pour battre le record du gang bang, 2000 hommes en 24 heures prévus à la Saint-Sylvestre. Ainsi va la performance, dans le cinéma X. On aime le quantitatif. On veut passer dans le livre des records.

Aucune étude ne dresse encore le portrait psychologique de ces candidates. Mais Annabel Chong l’a dit, elle revivait en direct, dans son film, le traumatisme d’un viol véritable. Et Angela, Sabrina, Candy, qui sont-elles ? Qui sont ces femmes qui se disent heureuses après s’être fait passer dessus par une armée ? Qui sont ces Candy, Cookie et autre Molly, toutes les autres actrices du X à la chaîne, non pas les "stars du X" bien payées pour leurs "performances", mais les innombrables anonymes de l’industrie du X « hard core », très dur, violent, qui se développe aujourd'hui sur internet, dont ignore les noms de famille ? Qui sont ces êtres humains qui se cachent sous des noms de chiennes ou de friandises, et sur lesquelles passent des dizaines d’hommes, d’accessoires, pendant un tournage ?

Aujourd’hui, les témoignages sortent. A la rédaction de Blast, nous avons visionné « Shocking Truth », film suédois réalisé à partir d’interviews et de montages de films pornographiques hardcore diffusés dans le nord de l’Europe, et présenté au parlement suédois en 2000 dans le cadre d’une réflexion sur la liberté d’expression de la pornographie à la télévision. Jusqu’où tolérer les violences faites aux femmes sur un plateau, à l’écran, et hors écran ? Doit-on tous les diffuser, même les plus brutaux ? Je ne parle pas ici des films S.M, ritualisés, très codés.Aussi dérangeant que cela puisse être pour le spectateur et la spectatrice que je suis, à voir le film « Shocking truth », on se rappelle tout à coup que derrière chaque séance de « hardcore », chaque vagin enfilé par un hardeur, chaque bouche suçant à fond dans la gorge, chaque anus empli de doigts ou de poings, se cache un être humain. Un être humain, un corps qui parfois, saigne entre les scènes. Qui s’évanouit pendant les plans coupés. Qu’on redresse tant bien que mal pour l’éjac faciale. C'est ce qu'on voit dans le film "Shocking truth".

Robotique


Certes, ne pas penser qu’un être humain, doté du même corps fragile que votre sœur, votre copine, votre femme, ou votre mère, soit pénétré à la chaîne, saigne, s’effondre, encaisse des baises brutales et humiliantes, soit quelquefois marqué à vie, permet de mieux apprécier le spectacle, d’en jouir plus tranquillement. C'est la logique du spectateur. Ne pas y penser, c’était mon cas avant de voir le film. Avant de m’intéresser à l’envers du décor. Le côté robotique, formaté et prévisible de certains films pornos m’a souvent paru ennuyeux. Mais j’appréciais une vidéo de temps à autre, quelques scènes un peu crades pouvaient me mettre en train, par contagion joyeuse de l’effet « salope ». Et puis, j’ai découvert certains films sur le net, la pornographie très brutale, la démolition filmée. Il faut bien avouer que ça gâche le plaisir. Qui sont-elles ?

J’ai commencé cette enquête sans a priori. Entre filles, c’est vrai qu’on se demande. Après tout, celles qui se font mettre par des tas de mecs dans les pornos, d’accord, peut-être qu’elles n’aiment pas ça, mais n’ont-elles pas choisi ? Elles sont payées pour ça. Même si elles ont besoin d’argent, elles pourraient quand même faire autre chose, non ? Mais est-ce vrai ? Avant les grandes luttes sociales, les filles qui bossaient dans les usines chimiques pourries et maladives se mutilaient en connaissance de cause, tout en rêvant de passer à travers. Ces filles auraient-elles pu choisir autre chose ? En vérité, qui sont vraiment ces hommes et ces femmes que le spectateur consomme ? Tous des enculeurs fougueux et des salopes qui aiment ça ? Ou des fainéantes qui refusent de bosser ?

Réponse d’un producteur de porno suédois hardcore dans Shocking Truth : « Ce sont très souvent d’anciennes victimes de viols ou d’inceste dans l’enfance. » Et puis, après un temps : « Bien sûr, dans ces conditions, on peut se demander si elles choisissent ce métier librement ». Quant aux hommes ? Réponse du même producteur : « Les hommes ne doivent pas être émotifs pendant. Il ne faut pas, par exemple, qu’ils attendent une réponse de leur partenaire, qu’ils soient attentifs à leurs réactions. Alors, s’ils sont émotifs, ils ne peuvent pas vraiment faire ce travail. En fait, les hommes doivent pouvoir agir comme des machines. »

Réponse d’un ancien commissaire, qui a rencontré d’innombrables prostituées et actrices du hardcore : « J’ai connu des milliers de filles. En fait, j’ai l’impression d’avoir rempli une fonction de travailleur social. Ce ne sont pas les mêmes filles dans le porno et dans la prostitution. Mais elles ont les mêmes origines. Presque toutes ont été abusées dans l’enfance. » Que ce soit en France, aux Etats-Unis ou en Suède, la constatation des associations est souvent la même. Les milieux défavorisés fournissent un vivier de filles pour la prostitution et la pornographie sans moyen qui conquiert le net et les réseaux « amateurs ». Souvent victimes d'inceste, ou de viols dans l’enfance. Or, constatent les associations, ces jeunes femmes ne bénéficient pas, la plupart du temps, d’un processus d’aide. Le corps des plus défavorisés alimente le spectacle.

L’importance de ce cinéma brutal et sans droit ? Difficile à dire. Aux USA, 75 % des magasins de vidéo vendent des K7 ou DVD pornos, qui leur assurent entre 50% et 60 % du chiffre d’affaires. Quelques % font du hardcore méchant. Et 65 % des connexions sur le net concernent des sites pornographiques : les officiels, les X glamour, avec contrat de travail - et aussi les nombreuses petites productions qui veulent faire de l’argent facile sur les reins des actrices. Qui tournent de la baise boum boum. C’est plus facile et ca coûte pas cher.

Backstage


Backstage d’un film, présenté dans Shocking Truth : deux filles interviewées entre deux scènes, du sperme plein le visage. La première, sourire figé, terrible, regard fixe : « Je sais que je suis une grosse pute. Mais je ne me rappelle plus quand ça a commencé » . La seconde : « Peut-être… quand je me suis fait enculer par l’avocat de mon père. Enfin, je ne sais plus si c’était son avocat ou un de ses collègues. J’avais douze ans. » Tout cela dit avec l’indispensable sourire caméra et en enfonçant un doigt manucuré dans une chatte épilée et parfaitement sèche.

Voilà la situation d’être humains entrés volontairement dans le porno ultra violent, si on peut considérer comme un acte de volonté l’impossibilité de refuser des violences nouvelles pour les rescapés de violences anciennes. Qu’advient-il d’eux, une fois entrés ? Comment savoir ? On apprend des associations que pas mal d'actrices jouant dans des films zoophiles se droguent, certaines se sont suicidées. Enfin, celles dont on connaît le nom. La junkie au pauvre sourire ramassée dans la rue pour se faire mettre par un lévrier afghan qui pose pour la jaquette du dvd bien en évidence dans le bac prés de l’entrée du sex-shop à côté de chez moi, celle-là, où est-elle aujourd’hui, que lui est-il arrivé depuis ? Comment ne pas y penser en croisant son regard ? Les culs anonymes passent et crèvent. Qu’importe. Le réservoir à paumés est disponible, à la merci des fantasmes des spectateurs érigés en loi. Ce n’est pas la matière première qui manque. Mais après tout, comme le dit un autre producteur : « Il n’y a pas de loi interdisant de faire de l’argent dans un système capitaliste. Je n’ai pas inventé le capitalisme. Je suis innocent. »

Tournage montré dans Shocking Truth : une petite blonde assez mince se fait sodomiser sans ménagement par un mec puis par un autre puis par un troisième. Ils font la queue sans état d’âme, bite à la main. Les larmes font couler le maquillage. Difficile de confondre les cris avec des cris de plaisir. Entre le deuxième et le troisième type, qui la secoue comme un sac, elle chancelle et ses yeux virent au blanc. Plan coupé. Séquence suivante, nouvelle enculade, avec en plus trois mains plongées dans son vagin, la fouillant sans ménagement. Quand son partenaire se retire, elle manque tomber. Une main la redresse par l’épaule et lui plaque le visage sur une bite.

Interview backstage de cette fille. Les larmes ne sont pas encore entièrement séchées : - Q : Si un inconnu vous mettait sa bite dans la bouche en pleine rue, ça vous dérangerait ? - R : Vous croyez que je les connais bien, les hommes avec qui je viens de tourner ? Je ne les avais jamais rencontrés avant le tournage. Alors si un inconnu jouissait dans ma bouche, non, ça ne me dérangerait pas. Et puis un sourire caméra, d’autant plus atroce qu’on a encore en mémoire les grimaces de douleur de la scène précédente. Elle ajoute :« Mais n’oubliez jamais que j’aime ça. J’adore le sexe, je suis une vraie pute et j’aime ça. »

Elle aime vraiment tomber dans les pommes enculée par tous ces mecs ? Ou est-ce la thèse officielle ? Après la servitude volontaire, voici la torture volontaire ?

L'écran et la réalité


Backstage, encore : Une autre actrice, le visage également baigné de sperme. - Q : De quoi avez vous peur ? - R : De devenir un animal. Je ne suis plus un être humain. Je me sens comme un animal. Même question posée à une autre fille1, en train de sucer un gode fluorescent. Elle sort le gode de sa bouche, et d’un coup son regard change. Eteint. Fixe. - Q : De quoi avez vous peur ? - R : De devenir rien. Et ensuite moins que rien.

Backstage toujours : Elle a au plus 24 ans. Elle raconte son expérience d’ex-actrice de porno et s’écroule en larmes. Elle parle de Cookie en disant « elle », comme s’il s’agissait d’un corps étranger, comme si elle ne pouvait pas raconter à la première personne. Mais Cookie, c’est elle. Cookie devait tourner une double pénétration. Elle s’est mise à pisser le sang. Il a fallu couper. Les producteurs et les autres acteurs ont donné des kleenex à Cookie pour qu’elle s’essuie, en la traitant de conne parce qu’elle gâchait le film. Après cinq minutes de pause, le tournage a repris et on lui a fait finir la scène. Elle est payée pour ça, n’est-ce pas ? Cookie dit encore, parlant toujours d’elle-même à la troisième personne : « Cookie avait une hémorragie qui nécessitait une hospitalisation d’urgence. » Cookie n’est sans doute pas la seule à avoir été hospitalisée après un tournage. Comme le raconte Raffaëlla Anderson dans son terrible livre-témoignage, "Hard" (Grasset 2001): « Prenez une fille sans expérience […], loin de chez elle, dormant à l’hôtel ou sur le tournage : faites lui faire une double pénétration, un fist vaginal, agrémenté d’un fist anal, parfois les deux en même temps, une main dans le cul, parfois deux. Tu récoltes une fille en larmes, qui pisse le sang à cause des lésions, et qui généralement se chie dessus parce que personne ne lui explique qu’il faut faire un lavement. De toute façon, c’est pas grave, la merde fait vendre. Après la scène qu’elles n’ont pas le droit d’interrompre, et de toute manière personne ne les écoute, les filles ont deux heures pour se reposer. Elles reprennent le tournage. »

Raffaëlla : « Le matin, tu te lèves, tu te fourres pour la nième fois ta poire de lavement dans le cul et tu nettoies l’intérieur. Tu réitères jusqu’à ce que ce soit propre. Rien que ça, ça fait mal. […] Après ça, j’ai besoin de me mettre sous la couette une heure pour oublier combien j’en souffre. […] Aucune position ne convient. Tu tournes dans tous les sens mais y a rien qui t’apaise. Après quoi, tu te retrouves sur un set et tu suces, tu cambres. On te traite de salope […]. Rien ne vaut une telle souffrance. »

Il est devenu urgent de s’interroger sur le processus de déshumanisation de milliers d’hommes et de femmes engagés dans une pornographie de la démolition, qui prend sur le net un essor industriel. La vision du film Shocking Truth, le témoignage de Raffaëlla Anderson, la cruauté de certains films X sur le net, m’ont bouleversée. Qu’advient-il de ces filles dont la plus grande peur est d’être devenue « un animal » ou « rien, moins que rien » ? Nous le savons. Certaines meurent du sida. Beaucoup conservent des séquelles physiques et psychologiques qui les poursuivent longtemps. Rocco Sifredi lui même a reconnu un jour que certaines « actrices » du porno bas de gamme avaient le sexe et l’anus détruits.

En Australie j'ai appris des associations, beaucoup d’actrices ont recours à des opérations chirurgicales spécifiques. Il ne s’agit plus maintenant de retouches « classiques » (comme augmenter le volume des seins) mais de se faire ôter les grandes lèvres, afin que le vagin soit plus visible à l’écran… Rien qu'un trou.

Il faut dire aussi la nullité de ces films, tout en gros plan génital. Le gâchis de toutes ces belles filles, la manière robotique dont on les traite, dans d’interminables scènes mécaniques tournées sans aucun talent.

La logique du spectateur


Après cette enquête et avoir visionné les images de « Shocking Truth », je sais que je ne pourrai plus regarder un film porno sur le net comme avant. En cherchant une scène de sexe, j’aurais peur de tomber sur une scène de démolition, et d’avoir mal pour la fille. Je ne demande pas la censure, encore moins l’interdiction des films pornographiques. Je demande à sortir de la logique du spectateur. Qu’il nous suffise d’écouter notre corps. Il n’y a pas de questionnement sur la pornographie sans un questionnement de la chair, sans empathie, sans compassion. Je ne demande pas l’abolition de la pornographie. Je demande la création d’un observatoire destiné à veiller au grain et aux salauds, au respect des personnes employées sur les tournages hardcore. Nous nous indignons de la vivisection, du gavage des oies, des poulets en batteries, des vaches folles, des dobermans mal traités dans les tournages X. Beaucoup moins des actrices X de 18 ans démolies pour faire le spectacle.

Citons pour rire, pour le fou- rire car sans folie il faudrait en pleurer, cet avis d’un internaute sur la zoophilie : « [Même si j’adore la sexualité filles / animaux] je ne peux cependant, en tant que technicien vétérinaire, défendre l’idée d’une interaction sexuelle entre l’être humain et l’animal, parce que cela ruinerait la psyché de l’animal et le ferait ensuite agir de façon intolérable au regard des règles de politesse de la société humaine. De plus, il serait mal d’encourager un animal innocent à suivre les traces du mâle humain, en quête d’un idéal inaccessible ». Virtuel mortel.

Imaginons un instant qu’ait lieu une campagne d’information des spectateurs, avec diffusion sur une chaîne généraliste d’un film documentaire (du type « Shocking truth ») comportant des images « backstage » de films de « démolition ». Ou imaginons ces mêmes images en chair et en os, toute cette violence montrés sur une scène de théâtre. Pour la plus grande majorité, le passage d’une représentation virtuelle à la réalité physique suffirait à ouvrir les yeux sur la souffrance, les corps en souffrance. La compassion est difficile à éprouver pour une pure image, sans souffle ni odeur, pour une fille de pixels sur un écran. C’est à ce stade, et à ce stade seulement, qu’il faut réintégrer le point de vue du spectateur. Qu'il voit les corps réels en action, en jouissance ou en souffrance.

Il me semblerait réjouissant d’offrir aux jeunes qui regardent le porno sur le net une vision plus inspirée et exubérante du sexe. Plus extraordinaire que celle des femmes découpées en morceaux et des marteaux piqueurs de la performance. D’inventer un cinéma pornographique moins straight, moins coincé sur le génital.
On peut se demander quels automates dociles on cherche à faire des hommes qui regardent ces films. Voulons nous fabriquer des générations d'individus onanistes, passant leur vie derrière les écrans, économiquement performants, faciles à faire jouir - et de l’autre côté, une autre humanité, laborieuse, obligée, mise en image, qu’il sera permis de « démolir » ?

I.S.

NB : J’ai écrit une première version de cet article en 2002 dans un dossier sur la pornographie du magazine Blast, accompagné d’un entretien avec Raffaëla Anderson (auteur du livre-témoignage "Hard", Grasset, 2001) sur les coulisses du "hardcore", et du témoignage du réalisateur de films X, Pascal Hamelin Delaunay, qui rappelle qu'un cinéma porno underground original et sans démolition existe. A l’époque, le terme « gonzo », qui désigne aujourd’hui la pornographie de type «reality-show » (la démolition filmée), n’existait pas. Les images visionnées dans le film Shocking Truth correspondaient à ce que beaucoup appellent maintenant, en 2007, la pornographie « gonzo » ou de "démolition".

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darkbaron 30/09/2009 22:59


C'est très vrai. Je n'ai rien contre la pornographie de type gonzo, qui peut fournir un support visuel, mais je trouve qu'elle limite plus souvent l'imagination qu'elle ne l'a stimule, en plus de
parfois renvoyer une image négative de la femme.
Mais il faut dire que j'aime les belles histoires et ce type de pornographie n'en raconte pas, ce pourquoi je ne lui trouve qu'un charme restreint.
Oui, je m'intéresse au scénario, au contexte, aux décors et tout ça...